20 novembre 2025

L’armement de sécurité sur un voilier : le guide essentiel pour prendre la mer en confiance

La réglementation française : 5 catégories de navigation déterminantes

Depuis 2015, l’armement des voiliers de plaisance en France est régulé par l’arrêté du 23 novembre 1987 modifié et la Division 240 du Code des transports. Comprendre la classification de votre navigation permet de savoir exactement quels équipements embarquer. Les voiliers sont ainsi concernés par des obligations variables selon l’éloignement des côtes, baptisé « zones de navigation » :

  • Basique (moins de 2 milles d'un abri)
  • Côtier (jusqu’à 6 milles)
  • Semi-hauturier (jusqu’à 60 milles)
  • Hauturier (au-delà de 60 milles)

À chaque zone, ses exigences. Attention : contrôler son armement à chaque évolution du programme, c’est éviter l’amende… et surtout les mauvaises surprises en mer (Source : Service-public.fr).

Le matériel individuel : gilet de sauvetage, harnais, coupe-circuit

Le gilet de sauvetage : obligatoire et adapté

  • Nombre = Nombre de personnes à bord
  • Homologué CE ou NF, capacité minimale 50 Newtons en zone Basique, 100 Newtons en Côtier, 150 Newtons dès le Semi-hauturier (gonflable ou à mousse, avec harnais recommandé au large)
  • À porter : recommandé dès que la mer forme ou qu’on navigue de nuit ou en équipage réduit

À noter : en mer, le gilet de sauvetage est votre meilleur compagnon. Chaque année, la SNSM secourt plus de 8 000 personnes à travers 3 300 interventions (chiffres SNSM 2022). Nombre de sauvetages concernent des plaisanciers non ou mal équipés.

Harnais et longes : indispensables sur le pont

  • Obligatoires au-delà de 6 milles : un harnais par personne à bord, avec longe double si possible
  • Sécurité accrue de nuit ou sous mauvais temps : se longer pour éviter la chute à la mer

Coupe-circuit moteur (au besoin)

  • Pour les voiliers moteur hors-bord, le coupe-circuit est obligatoire dans la plupart des cas
Astuce de marin : Vérifiez chaque année la date de péremption des gilets automatiques et initiez chaque équipier au port du gilet, surtout les enfants. Dans le doute, sur-équiper n’a jamais fait de mal !

Matériels de sauvetage collectif : bouées, ligne de vie, dispositif lumineux

Bouées et dispositifs de récupération d’homme à la mer

  • Bouée fer à cheval et perche IOR obligatoire dès la navigation semi-hauturière (à partir de 6 milles)
  • Munies de feu lumineux flottant à allumage automatique, visibles à 2 milles la nuit

Ligne de vie et main courante

  • Recommandées dès 6 milles : permettent de rester attaché au bateau
  • Matériel : sangle plate, accrochée à la base des chandeliers
Le saviez-vous ? Sur le Vendée Globe, même les skippers les plus aguerris ne quittent jamais la ligne de vie. Les pertes d’homme à la mer restent rares mais sont presque toujours dues à l’absence d’attache.

Pavillons, signaux et dispositifs de repérage

Moyens de signalisation lumineuse

  • Lanterne de route (certifiée) pour naviguer de nuit ou par visibilité réduite
  • Feu à retournement attaché à la bouée

Signaux de détresse

  • Obligatoires au-delà de 2 milles d’un abri
  • Kit pyrotechnique minimum : 3 feux rouges à main + 2 fumigènes oranges + 1 feu à main blanc
  • Attention aux dates de péremption et au stockage (hors chaleur et humidité)

Des solutions électroniques (lampes flash, balises lumineuses) viennent compléter, mais ne se substituent pas encore légalement aux équipements classiques (Source : ANFR).

Communication : être vu, être entendu, être secouru

VHF marine : la voix du large

  • VHF portable obligatoire au-delà de 6 milles (semi-hauturier), VHF fixe recommandée pour le confort
  • Permet d’alerter le CROSS, les secours, ou les autres navires (canal 16)
  • Pour la VHF ASN (Appel Sélectif Numérique), l’identifiant MMSI est obligatoire

Autres moyens de communication

  • Téléphone portable : utile près des côtes, mais signal souvent absent au large (préférez étanche / coque flottante)
  • Balise PLB ou EPIRB : obligatoire pour l’armement hauturier, permet d’être localisé via satellites SARSAT
Conseil sécurité : Prévoyez de charger régulièrement votre VHF portable et d’avoir des piles de rechange. Même pour une sortie de quelques heures : la panne n’arrive jamais au bon moment.

Navigation : cartes, outils, instruments

Documents nautiques

  • Carte marine à jour (papier, obligatoire au-delà de 6 milles même avec GPS)
  • Règlement international pour prévenir les abordages en mer (RIPAM) à bord dès que navigation dépasse 6 milles
  • Livret du bateau, carte d’immatriculation et attestation d’assurance

Outils de navigation

  • Compas magnétique indépendant du pilote automatique
  • Dispositif de pointage GPS ou application fiable (en complément, jamais en substitution des cartes papier sur zone hauturière)
  • Dispositif de signalisation sonore (corne de brume, sifflet…)

Premiers secours : le kit à ne jamais oublier

  • Pharmacie de bord (non obligatoire mais recommandée sur toutes les zones)
  • Contenant étanche, adapté aux besoins spécifiques (allergies, asthme…)
  • Pochette de froid instantané, pansements, solution antiseptique, médicaments selon prescriptions individuelles
  • Bon plan local : à La Rochelle, certaines pharmacies proposent des kits « prêts à embarquer » calibrés pour la plaisance.

Équipements spécifiques pour les longues traversées et hauturier

  • Radeau de survie (aux normes SOLAS, mis à jour et vérifié)
  • Balise de détresse EPIRB (obligatoire en hauturier, voir ci-dessus)
  • Système de récupération de naufragés — échelle de remontée, palan ou arche
  • Moyens anti-feu : extincteur(s) adapté(s), couverture anti-feu en cuisine
  • Pare-battages et grappin (pas obligatoires, mais vivement conseillés !)

Vérification et entretien : votre sécurité au quotidien

  • Inventaire annuel recommandé avant chaque saison — contrôlez gilets, feux, extincteurs, bâches
  • État du gréement, des lignes de vie, des fixations de moteur
  • Pensez à un exercice sécurité « hiver » ou en début de saison : bouée à l’eau, briefing sur les radios, etc.
Aide-mémoire pratique :
  • Pour tout équipement (gilets, signaux, extincteurs…), conservez à bord factures et notices techniques
  • Un contrôle inopiné des Affaires Maritimes se termine souvent par « papier s’il vous plaît ! »

Pour aller plus loin : s’armer, c’est aussi s’informer

S’armer pour la sécurité, ce n’est pas alourdir la navigation, c’est lui donner cette sérénité sans laquelle rien de beau ne se fait. Une escale sur l’Île d’Aix, une traversée de Pertuis, un cabotage à Chausey : équipés, rassurés, on goûte mille fois mieux la liberté du large.

Bon vent… et naviguez sereinement !

En savoir plus à ce sujet :