16 septembre 2025

Décrypter les signaux en mer : guide pratique pour naviguer en toute sécurité

Pourquoi des signaux ? Une histoire de sécurité et de partage

Les signaux, qu’ils soient lumineux ou sonores, incarnent un code universel au service de la sécurité. Dès le XIXe siècle, la multiplication des échanges maritimes et le développement du tourisme nautique ont rendu indispensable une signalétique claire et partagée : pour éviter les abordages, permettre l’identification des navires, ou indiquer une manœuvre en cours. Aujourd’hui encore, l’Organisation maritime internationale (OMI) veille à l’harmonisation de ces signaux aux quatre coins du globe.

Les signaux sonores : écouter, c’est prévenir

Les avertisseurs : cornes, cloches et coups de sifflet

En mer, les signaux sonores sont émis par divers moyens :

  • Cornes de brume (utilisées surtout par temps de visibilité réduite ou brouillard)
  • Sirènes (installées sur les navires de commerce)
  • Cloches (principalement à l’ancre)
  • Sifflets (pour les unités plus petites ou comme signal d’avertissement)

Ces sons n’ont rien d’anodin : ils donnent l’alerte, préviennent d’un danger, d’un mouvement imminent ou d’un croisement délicat. Voici les principaux codes à connaître (source : Recueil International des Règles de Barre et de Route, Règlement COLREG 1972).

Signaux courts et signaux longs : la base du code

  • Un signal court : 1 seconde environ
  • Un signal long : 4 à 6 secondes

Signaux essentiels de manœuvre et de route

  • 1 signal court : « Je viens sur tribord »
  • 2 signaux courts : « Je viens sur bâbord »
  • 3 signaux courts : « Je recule »
  • 5 signaux courts ou plus : « Je ne comprends pas vos intentions/je doute que vous manœuvriez pour éviter la collision »

Signaux par mauvaise visibilité

  • Navire faisant route : Un signal prolongé toutes les 2 minutes
  • Voilier ou navire au mouillage : Un signal court suivi d’un long, puis d’un court, toutes les 2 minutes
  • Navire à l’ancre : Sonnerie de cloche rapide pendant 5 secondes, toutes les minutes

Dans un chenal fréquenté par la brume, ces codes deviennent la seule voix entendue. À noter : les navires de 12 à 20 mètres ne sont pas obligés de posséder une corne de brume mécanique, mais doivent pouvoir donner un signal sonore efficace.

Encadré pratique : que faire quand on reçoit un signal ?
  • Ralentir et augmenter la veille
  • Répondre si nécessaire (ex: incertitude ou manœuvre signalée)
  • Analyser la trajectoire de l’autre navire avant toute décision
  • Ne jamais supposer, toujours vérifier par tous les moyens à disposition (vue, radar, VHF...)

Les signaux visuels : un ballet nocturne et diurne

La nuit tombe, les silhouettes des bateaux se fondent dans l’obscurité. Pourtant, leurs lumières racontent tout : leur taille, leur nature, leur direction… et parfois leur détresse.

Lumières de navigation : comprendre qui est qui et où il va

Le Code international des signaux impose :

  • Lanterne de feu blanc de poupe (visibilité sur 135° à l’arrière)
  • Feux de côté rouges (bâbord) et verts (tribord), champs de 112,5° chacun
  • Feux de tête de mât (blanc, visible sur 225° vers l’avant pour les navires à moteur)

Anecdote : un voilier de moins de 7 mètres peut, faute de feux fixes, utiliser une torche blanche manuelle pour se signaler à temps.

Signaux spécifiques : pêche, remorquage, manœuvre difficile

Certains équilibristes du large imposent leurs propres règles lumineuses :

  • Navire de pêche en action : feu vert sur feu blanc
  • Navire remorqueur ou train remorqué : deux feux blancs à la verticale (trois si la remorque excède 200 mètres)
  • Navire sans gouvernail : deux feux rouges à la verticale

SOS et signaux de détresse : derniers recours

  • Fusées à étoilettes rouges (voire feux à main rouges), signaux internationaux d’appel au secours
  • Signal visuel international : lever et baisser lentement et répétitivement les bras
  • Signal sonore international : six coups brefs suivis d’un coup long

Signalisation temporaire ou exceptionnelle

En régate, un pavillon code Alpha (blanc et bleu : « Plongeur en immersion, tenez-vous à distance ») peut s’inviter sur les plans d’eau, tandis que certaines zones réservées ou chantiers flottants arborent des pavillons ou signaux codés (voir guide SHOM et Préfecture Maritime).

Phares, bouées et balises : le code silencieux du balisage côtier

Les signaux en mer ne s’arrêtent pas aux bateaux. La route lumineuse commence sur la côte :

  • Phares et feux : chaque phare de France possède une signature lumineuse propre (nombre d’éclats, fréquence, couleur), précisée sur les cartes SHOM.
  • Bouées latérales : indiquent le chenal principal (rouge à bâbord en entrée, verte à tribord Yachting).
  • Bouées cardinales : signalent un danger et la route sûre à suivre selon le quadrant (bouée nord: deux cônes vers le haut, couleur noire/jaune, éclats rapides…source: maremes.cetmef).
  • Balises spéciales : jaune, marquant zones réglementées, parcs à huîtres, équipements subaquatiques...

Exemple pour La Rochelle

  • Phare du Bout du Monde : un éclat toutes les 20 secondes
  • Bouée verte « Anse du Port Neuf » : marque l’entrée du chenal, éclats verts
  • Bouées jaunes « Chenal à Bateaux » : invitent à respecter les couloirs de navigation près des plages
Conseil navigation :
  • Embarquez toujours avec la dernière carte marine du secteur (papier ou électronique à jour)
  • Repérez la signature de chaque phare visible depuis votre route
  • Gardez à portée un guide pratique des signaux (livret format poche, appli mobile, ou extrait SHOM…)

Signaux et réglementation : ne pas improviser, se former

La connaissance des signaux en mer est une partie obligatoire du permis plaisance : plus de 70% des questions lors de l’épreuve théorique concernent le balisage, les signaux et le croisement des navires (source : Service-Public). Mais ces règles s’appliquent à tous, plaisanciers ou professionnels, et leur non-respect peut entraîner non seulement des collisions mais aussi des amendes significatives : jusqu’à 1 500 € d’amende en cas d’infraction grave constatée (source : permisplaisance.fr).

À La Rochelle, des stages de perfectionnement sont régulièrement proposés par la SRR, la SNSM ou les écoles locales. Profiter de ces formations, c’est investir dans sa sécurité, et dans celle de ses équipiers.

À retenir (check-list avant de partir) :
  • Tester vos avertisseurs sonores
  • Vérifier la conformité et l’état des feux de navigation
  • Avoir à bord guides ou fiches signalétiques à jour
  • S’exercer : simuler des situations en famille ou en équipage

Décoder pour mieux naviguer : vers une mer partagée et sereine

Sur l’océan, chaque lueur et chaque écho composent une grande partition où la prudence s’allie à la solidarité. Les signaux, c’est la politesse des marins : ils préviennent, protègent et relient tous les navigateurs, du curieux débutant au vieux loup de mer. Alors, la prochaine fois que vous entendrez une corne de brume dans le brouillard des Pertuis, ou qu’une lumière rouge se glissera au loin sur l’horizon, vous saurez lire ce langage secret — et, qui sait, transmettre ce savoir autour de vous.

Ressources utiles :

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